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Historique
 

Historique



Cette publication vous est proposée avec l'aimable autorisation de son auteur, Monsieur Serge Perdrieu, président du SNED de 1993 à 2002.

Le syndicat fut créé en 1880, le 6 novembre exactement sous le nom de Chambre des entrepreneurs de démolition. Le principal initiateur de ce regroupement d’entrepreneurs fut Monsieur Grosclaude, le premier président. [photo]

Aux périodes fastes succèdent souvent des périodes de crises. La période faste pour la profession, ce fut le passage du Baron Haussmann en tant que préfet de la Seine pendant 17 années de 1853 à 1870. [photo] Paris n’est alors que ruelles tortueuses et étroites, sans égouts. Napoléon III décide de transformer la ville afin de permettre une meilleure circulation de l’air et des hommes. C’est en réaction à l’épidémie de choléra de 1832 que de nouvelles théories hygiénistes apparaissent. Une campagne est lancée intitulée « Paris embellie, Paris agrandie, Paris assainie ».

Paris est modifiée à 60 % et les ouvriers démolisseurs y travaillent par milliers sur des chantiers occupant parfois 200 à 300 personnes. Des Syndicats voient le jour. En 1871, on dénombre 182  syndicats et deux fois plus 4 ans après ! La CGT est créée en 1895.

Certains corps d’état avaient créé le « Syndicat Général de l’Entreprise » préfigurant l’actuelle « Fédération Parisienne du Bâtiment ».

Notre profession, elle, était inorganisée.

La période de crise

A cette période troublée mais faste, succède la crise avec le Siège de Paris, la Commune, la chute du Second Empire et l’endettement de la France envers l’Allemagne. Un profond marasme s’est installé et c’est à partir de 1875 que l’on peut voir la reprise de la reconstruction selon Haussmann.

C’est la reprise mais le travail manque et le monde ouvrier est en pleine agitation. Les grèves succèdent aux grèves, les ouvriers démolisseurs ont leurs sections syndicales.

Il faut s’organiser et nos anciens comprennent que leur rapprochement les aidera à défendre leur métier et à préserver leur activité face aux entreprises de construction, elles aussi en sous-emploi dans leur métier de base.

En participant activement et directement aux négociations avec le monde ouvrier, ils disposeront des leviers nécessaires à la conservation de leur main d’œuvre spécialisée.

Nous voilà revenus en 1880 et à l’adoption par 34 entreprises des statuts de la Chambre, statuts qui seront déposés en 1884, lorsqu’une loi aura légalisé l’existence des Chambres.

En 1980, quatre de ces entreprises existaient encore. Aujourd’hui plus aucune. Sauf incertitude sur la période 1880-1914 du fait de la disparition du registre, 9 présidents ont succédé à Monsieur Grosclaude. S’il est une chose qui n’a pas changé depuis 130 ans, c’est l’esprit dans lequel est définie la mission de la Chambre : « la Chambre Syndicale des Entrepreneurs de Démolition est constituée spécialement pour veiller aux intérêts généraux de la Corporation et pour aider de ses lumières et de son expérience ceux de ses membres qui s’adressent à elle ».

Par contre, c’est comme à l’école, le protocole est précis, la règle est stricte. Amendes et sanctions font partie des règles, et qui n’applique pas les décisions votées, est exclu. Les thèmes abordés de façon récurrente lors des Assemblées ne varieront guère au fil des ans : salaires et réglementation du travail, fiscalité de l’entreprise, défense de la profession, qualification de la main d’œuvre et de l’entreprise, sécurité et prévention sur les chantiers.

Jusqu’en 1914, on sait que le monde ouvrier se bat pour la journée de 8h, le repos hebdomadaire, l’abolition du marchandage, et des salaires en regard du coût de la vie. En 1913, la grève générale implique 150 000 grévistes. Les conflits sont parfois violents comme en témoigne un échange de lettres.

De 1914 à 1918, les problèmes sont ailleurs. Après la guerre, l’activité reprend dans un climat relativement calme par rapport à ce que l’on a connu. Des lois importantes sont votées, la Chambre négocie avec ses ouvriers et l’Administration.

En 1922, Bâtiment et Travaux Publics forment ensemble la Fédération Parisienne du Bâtiment et des TP. On manque surtout de main d’œuvre qualifiée. On travaille sur la rédaction du décret du 9 août 1925 concernant la sécurité et la prévention des accidents sur les chantiers puis sur son application dans les entreprises. La crise de 1929 apporte ruine, chômage et misère. A nouveau, tout s’emballe sur le plan social jusqu’en 1936. L’unité des Syndicats se reforme et on aboutit aux accords de Matignon et à la généralisation des conventions collectives.

En 1940, les problèmes sont à nouveau ailleurs. En août 1944, la reprise s’amorce accompagnée d’une avalanche de lois, d’ordonnances et de règlements. Il faut être attentif et la Chambre s’y emploie sous la conduite de ses différents présidents aidés de leur Bureau. C’est à cette époque que surviennent les problèmes fiscaux liés au mode de rémunération de notre profession (revente de matériaux) et à l’institution de la TVA en 1954. On en parlait déjà en 1928.

La Chambre s’engage activement. Cela fait couler beaucoup d’encre et aujourd’hui on en débat encore ! Les années 60 annoncent une nouvelle ère. Un adhérent visionnaire déclare que les matériaux ne se vendent plus, que la main d’œuvre est devenue trop chère pour payer la remise en état des matériels récupérés (portes et fenêtres) avant la repose. Il annonce qu’il faudra changer de méthode.

Les actes de candidature de nouvelles entreprises arrivent à la Chambre. Ces entreprises, à la qualification, je cite « pas très orthodoxes » sont d’abord rejetées. On rechigne à voir procéder aux démolitions mécaniques.

Nos anciens méritent évidemment notre reconnaissance pour le travail mené, mais on n’arrête pas le progrès et l’évolution des mentalités qui va de concert. Au cours des années 70, les « casseurs » et leurs machines commencent à se faire reconnaître et on trouve à la Chambre une nouvelle génération d’entrepreneurs.

1981 sera une date charnière dans la vie de la Chambre syndicale. Le 29 avril 1981, le président Rougeaux, n’ayant pas souhaité se représenter, Monsieur Maurice Bruneau est élu, par 13 voix sur 14 exprimées, administrateur et président de notre syndicat qui a pris entre-temps la dénomination de « Chambre Syndicale des Entrepreneurs de Démolition de Paris et de la Région Parisienne », au sein de laquelle les entrepreneurs de province sont membres correspondants. « Il en sera de mon point de vue le grand réformateur. » Le jour même de son élection, il s’attaque à l’ouverture de la Chambre et à l’aménagement de la qualification. Maurice Bruneau voulait un Syndicat fort permettant, je le cite « de tirer la profession vers le haut » afin qu’elle obtienne une reconnaissance méritée.

Il s’ensuit une évolution de l’effectif des adhérents. La transformation en Chambre Syndicale Nationale le 23 janvier 1985. L’adhésion de la Chambre comme membre actif de l’EDA (association européenne de démolition) en mars 1987. Et enfin, la transformation de la Chambre Syndicale en Syndicat National le 21 septembre 1988.

Devenu « national », le Syndicat s’est vu invité à participer directement aux discussions avec les administrations et les groupes de travail traitant des sujets intéressant la profession comme le Conseil des professions, le Conseil national de la sous-traitance, les Comités techniques de la CRAM et de la CNAM, le CSTB, l’ADEME, le CEBTP, les ministères de l’Environnement, du Logement, du Travail, etc.

Si le SNED s’est éloigné du social, s’en remettant pour cela à la FFB et à la FFB Grand Paris rodées à la négociation avec les organisations syndicales représentatives, les présidents, aidés de leurs équipes, ont continué à travailler les fondamentaux :

Pour terminer, je voudrais m’adresser aux jeunes entrepreneurs qui fort heureusement sont arrivés dans la profession ces dix dernières années. La mécanique, les machines, les outils, la performance, tout cela vous passionne, c’est nécessaire et c’est bien…, mais ce n’est pas tout ! Le métier devient de plus en plus technique, les ouvrages à démolir de plus en plus complexes. Tout s’accélère dans les règlementations et notamment les exigences liées à la santé et à l’environnement, exemple: la HQE (Haute Qualité Environnementale).

Sécurité, protection des travailleurs et de l’environnement sont des sujets d’intérêt général, et si vous voulez que le métier que vous aimez se pratique dans une logique professionnelle, vous devrez vous impliquer dans l’action menée par votre Syndicat. Il vous faudra être autour de la table pour apporter le réalisme pratique nécessaire à la rédaction des textes et règlements qui vous seront imposés afin qu’ils soient applicables.

D’après les écrits de Serge Perdrieu (président du SNED de 1993 à 2002), à l’occasion du 130ème anniversaire du syndicat fêté le 11 juin 2010.